Archive pour la Catégorie 'Psychologie'

Se séparer pour grandir

 

Extraits tirés de l’ouvrage: Détache moi !

Se séparer pour grandir

Pr M  Rufo

 Editions Anne Carrière

Se séparer de son enfance

L’adolescence est une période singulière de rupture avec_ son passé, son enfance et ses parents. Mais la vulnérabilité propre à cet âge vient exacerber les fragi­lités préexistantes et réactive toutes les séparations antérieures. Pourtant. « adolescent doit absolument se détacher de ses parents pour se conquérir et parvenir à reconnaître ses désirs propres. L’attachement au premier objet d’amour se transforme pour laisser la place à de nouveaux investissements affectifs et amoureux.

L’adolescent vit dans un éternel présent. Enfant, il disait volontiers : « Quand je serai grand. » Désormais, il ne le dit plus, semble oublier que le futur existe. 11 est en rupture de passé mais aussi en rupture d’avenir, ce qui explique sans doute sa grande fragilité. Il passe par un stade de présentification permanente, d’immédiateté : il peut tout faire en même temps – les écouteurs de l’i-pod sur les oreilles, il surfe sur internet tout en jetant un coup d’œil sur son bouquin d’histoire et en engueulant son petit frère qui vient lui piquer une BD. Il veut tout, tout de suite, et répète sans cesse les mêmes gestes, les mêmes attitudes, les mêmes mots, parce que ce recommencement perpétuel le remet dans le présent et lui permet de marquer son territoire, afin de s’assurer de son existence.

Ce qui caractérise l’adolescent, c’est son refus d’être encore petit. Cet « être petit » comporte une relation de confiance et d’idéalisation des parents qui n’est plus possible parce qu’elle n’est plus conforme à son présent. Voilà pourquoi l’adolescent ne peut que se séparer de ses parents : leur présence évoque un passé qu’il veut oublier. Les parents sont même un passé vivant, envahissant, un passé vieillissant dont l’adolescent ne veut plus, puisqu’il ne veut plus rester le bébé qu’il était. Il ne fonctionne plus sur la pensée magique qui consiste à croire que les parents sont parfaits et éternels et que lui les comble. L’adolescent comprend qu’il n’est pas l’enfant dont ses parents ont rêvé, pas plus qu’ils ne sont les parents qu’il a rêvés. C’est en partie cette double désillusion qu’il exprime par son comportement de provocation et de rébellion.

A quoi se résume le rôle des parents lors de l’adolescence de leurs enfants ? A « survivre », comme le recommandait Winnicott. A résister sans se sentir toujours attaqués, à considérer la rébellion nécessaire de leur enfant non comme une marque de désamour, mais comme un besoin vital de prendre du champ. Plus que jamais, les parents doivent savoir se faire dis­crets. Présents mais discrets. Respecter les silences de l’adolescent, tic pas lui demander de parler toujours, de se raconter sans cesse, parce qu’il a besoin de construire sa vie et sa pensée sans eux. Supporter que l’adolescent oublie son passé et n’ait pas encore d’ave­nir. Et ne rien faire pour essayer de réduire la dis­tance qu’il instaure. Il faut qu’il se distingue, se démarque, par tous les moyens. S’il s’invente un lan­gage, ce n’est pas seulement pour se rendre incom­préhensible, mais surtout pour couper avec sa langue maternelle. S’il porte des tenues extravagantes, c’est pour se montrer différent des adultes en général, et de ses parents en particulier. On imagine alors les ravages du jeunisme, dont beaucoup d’adultes parais­sent atteints et qui entend gommer les différences de générations pourtant essentielles. Plus l’adulte tente de ressembler à un adolescent, en adoptant ses tenues et son langage, plus l’adolescent aura besoin de se démarquer de lui et d’en rajouter dans la singularité et la provocation - pour lui, c’est une nécessité abso­lue. L’adolescent rejette ses parents en même temps qu’il les cherche - ce qu’il traduit en maugréant « Arrête de me chercher ! » – et il doit pouvoir les trouver, mais à leur place de parents.

 

 

Quand sort-on de l’adolescence? Quand le présent permanent, l’instantanéité commencent à laisser des traces, jusqu’à devenir un passé proche qui nous appartienne en propre, alors que le passé de l’enfance appartient aux parents. Parce qu’on a des souvenirs, on peut alors se séparer de son adolescence et se tourner de nouveau vers l’avenir. Devenir grand, c’est avoir moins peur de demain. Quand on est enfant, on a peur de la nouveauté, on a besoin d’habitudes, de rituels, de répétitions – toutes choses qui rassurent. Puis, à l’adolescence, on a peur de l’avenir comme de quelque chose de non maîtrisable. Or l’adolescent veut tout maîtriser : son corps, son look, sa pensée, ses relations… C’est lorsqu’il renonce à cette maîtrise permanente qu’il peut envisager l’avenir sans vivre dans la crainte permanente de cette part d’inconnu que celui-ci réserve toujours et dont on n’est pas maître.

 

L’adolescent traverse une période d’incertitudes, d’interrogations et de doutes, doutes sur lui-même en tout premier lieu. Il est à la recherche d’une image de soi satisfaisante, susceptible de lui apporter un sou­tien narcissique. Cette image, il la trouve dans le personnage, central à cet âge, du meilleur ami ou de la meilleure amie, quelqu’un sur qui il projette l’ensemble des qualités imaginaires et idéales qu’il voudrait posséder. C’est pourquoi le meilleur ami n’a jamais de défauts, c’est un être parfait qui nous trouve parfait en retour puisque lui aussi projette sur nous toutes les qualités dont il se voudrait doté. « Parce que c’était lui, parce que c’était moi >,, disait Montaigne à propos de son ami La Boétie, et la phrase résonne ici d’une autre signification : lui, c’est moi, moi comme je m imagine que je pourrais être. Le véritable meilleur ami, en fin de compte, c’est soi­même, l’autre n’étant qu’un substitut, un squelette que l’on anime et habille de ses idées, de ses désirs de conquête, de son audace et: de son imaginaire.

Puisqu’on ne se sépare pas de soi, les meilleurs amis de l’adolescence sont comme des inséparables, ces oiseaux que l’on ne peut élever qu’en couple. A la sortie du collège, le premier raccompagne le second jusque chez lui, puis, comme ils n’ont pas envie de se quitter, le second décide à son tour de raccompagner le premier jusque chez lui, et ainsi de suite… jusqu’à ce que l’un reste chez l’autre un moment ou même y passe la soirée. A peine se sont-ils séparés qu’ils se téléphonent, pour le plaisir de s’entendre mais aussi parce qu’ils sont tous deux dans cet âge de présentifi­cation permanente et ont besoin de se dire les choses au moment où ils les vivent et les ressentent, avant de les oublier. Il y a une intensité quasi amoureuse dans la relation de deux meilleurs amis à l’adolescence : ils ont sans cesse besoin de se voir, de se parler, de faire des choses ensemble, de partager leurs pensées et leurs rêves.

Parce qu’il apparaît comme un instrument de conquête de soi, le meilleur ami fait aussi office de tiers séparateur vis-à-vis des parents. De façon un peu paradoxale, l’adolescent se détache de sa famille et, dans le même temps, s’attache à celle de son meilleur ami, qui devient famille de comparaison et de réfé­rence, en bien comme en mal, signe qu’il a malgré tout besoin d’une famille.

 

Le meilleur ami fonctionne comme un révélateur des qualités qui sont propres à l’adolescent. Une fois que l’on est assez construit, assez sûr de soi et de ses qualités, une fois aussi que l’on est en mesure de se reconnaître quelques défauts, on devrait abandonner son meilleur ami pour la bonne raison que l’on n’en a plus besoin.

Certains gardent le même toute leur existence, comme une relation choisie avec un frère « de cour » qui n’aurait pas été imposé par le biologique. Mais je crois que, dans l’idéal, il faudrait que la vie sépare à un moment les meilleurs amis afin qu’ils ne s’aper­çoivent jamais de la supercherie qu’ils représentaient l‘un pour l’autre et continuent à croire que ce qu’ils ,’étaient imaginé était vrai.

Peut-être ce sentiment de perte est-il en partie irrémédiable. Toute leur vie durant, certains auront des meilleurs amis successifs, à travers lesquels ils rechercheront probablement cette incroyable complicité qui les unissait à leur ami de jeunesse. Y parviennent­i1s ? Les amis d’adolescence sont un pari sur un futur que l’on croit glorieux et qui ne le sera pas toujours, l’espoir d’une existence que l’on rêve idéale et héroïque. Mais on rêve moins quand on grandit, c’est pourquoi on ne peut pas connaître la même intensité plus tard ; le meilleur ami a alors moins de raison d’être. Est-ce pour cela qu’en fin de vie on a tant de mal à nouer des liens ? L’avenir se réduisant, il offre moins de perspectives et de rêves de grandeur, et l’image de soi n’est plus assez forte pour être projetée sur un autre.

 

Pour avoir un meilleur ami, encore faut-il posséder une dose de narcissisme suffisante, s’aimer assez pour projeter sur l’autre les qualités que l’on se prête à soi-même. Aussi l’absence de meilleur ami à l’adolescence traduit-elle un trouble de l’estime de soi.

 

Ce qui montre combien il est difficile d’aimer autrui si l’on ne s’aime pas soi-même, difficile et risqué car la rupture prend alors des allures de démolition d’une image floue et incer­taine.

On devient – on naît? -jaloux, parce que, à un moment donné, on fait confiance à un autre pour qu’il devienne une partie de nous, nous permettant de nous sentir enfin complets. Si l’autre dévie, s’écarte le ce revu de fusion. le jaloux perd pied. Etre jaloux, c’est croire que l’on est incomplet sans l’autre. La jalousie n’est ici rien d’autre qu’un splendide mécanisme de défense -mécanisme névrotique réussi - d’un trouble de la confiance en soi.

 




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